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"Je pense que l'arrivée du "web", qui met à la disposition de tout un chacun des informations brutes, ne fait que renforcer le rôle 'médiateur' du journaliste".
Dominique von Burg
Après une licence en histoire et en français obtenue à l'Université de Fribourg, il entre en 1969 à la Tribune de Genève comme journaliste stagiaire. Au terme de sa formation, il est engagé comme journaliste avant d'être détaché à Washington en qualité de correspondant permanent de 1974 à 1977. A son retour à Genève, il est nommé responsable de la rubrique suisse.

Fin 1979, il entre à la Télévision Suisse Romande où il travaille d'abord comme correspondant parlementaire à Berne, puis comme reporter à l'émission " Temps Présent ". Il est ensuite promu co-producteur du magasine " éCHo ", puis producteur de " Temps Présent " avant d'être nommé rédacteur en chef du télé-journal. Il poursuit son activité en qualité de producteur des émissions " Tell Quel ", " 2001 " et " Droit de cité ".

Le 1er août 2000, il est nommé Rédacteur en chef responsable de la Tribune de Genève.



Comment définiriez-vous la situation de la presse dans votre pays ?


D'une manière générale, je crois pouvoir dire que la situation de la presse est plutôt bonne en Suisse. Cela essentiellement pour plusieurs raisons.

- Le Suisse est un bon lecteur de journaux - pas aussi friand que le Scandinave, mais nettement plus que le Français par exemple.

- Probablement aussi que la structure politique très fédéraliste (26 Etats - les cantons - en un seul - la Confédération) favorise l'existence d'une presse régionale. Le nombre de quotidiens en Suisse demeure important, même si depuis des décennies on assiste à un fort courant de concentrations.

- La pluralité est assurée, et cela en dépit de l'émergence de groupes de presse importants. Ces groupes de presse, en effet, ont pour politique constante de préserver l'indépendance rédactionnelle de leurs titres. Cela dit, il est vrai aussi qu'il n'y a pratiquement plus de presse d'opinion à proprement parlé, en tout cas en ce qui concerne les quotidiens. La plupart des quotidiens se veulent des journaux dits d'information, et donc ils pratiquent une pluralité d'opinion en leur sein même. C'est notamment la politique poursuivie par la "Tribune de Genève".

- Le soutien de l'Etat (qui se fait à travers des allègements de tarifs postaux) est en pleine révision. On s'aperçoit en effet que ce système ne profite pas aux organes qui en auraient le plus besoin. Par ailleurs, l'ouverture progressive des service postaux à la concurrence - et donc le désengagement de l'Etat - ne manquera pas de poser question. Mais le principe d'un soutien à la presse n'est guère contesté.

- Si, comme indiqué plus haut, la structure fédéraliste de la Suisse favorise l'existence d'une presse régionale, elle présente aussi un inconvénient majeur, comme la pluralité des langues: les bassins naturels des quotidiens sont petits, les moyens financiers à disposition des rédactions relativement modestes.(à titre d'exemple, la "Tribune de Genève", deuxième quotidien francophone en Suisse et qui jouit d'une position dominante à Genève a un tirage contrôlé moyen légèrement inférieur à 80'000).

Est-il facile pour un jeune journaliste de trouver un emploi ?

Oui, dans la mesure où la profession est très ouverte et où il y a beaucoup de médias. Non, dans la mesure où c'est une profession très recherchée - et où actuellement la conjoncture est défavorable à la presse.

Quel est le statut du journaliste ?

Le statut de journaliste s'acquiert par l'inscription à un registre professionnel. (Condition: tirer 80 % de ses revenus de l'exercice de la profession). Quant à la formation professionnelle, elle se fait, en Suisse de langue française, par un stage de deux ans dans une rédaction, stage agrémenté de cours de formation au niveau romand.

La généralisation de l'internet a-t-elle changé quelque chose pour votre journal ? Quelle approche avez-vous adopté par rapport à la concurrence du "web" et comment envisagez-vous l'évolution de la profession dans le cadre de ces nouvelles technologies ?

Je pense que l'arrivée du "web", qui met à la disposition de tout un chacun des informations brutes, ne fait que renforcer le rôle "médiateur" du journaliste. Plus que jamais, nous sommes appelés à rappeler les contextes, à hiérarchiser l'information.

Pour un journal comme nôtre, le "web" est aussi une occasion d'enrichir nos contacts avec nos lecteurs en les diversifiant. De nous adresser à une audience élargie. C'est pourquoi notre site, quoique modeste, a une stratégie de complémentarité avec le journal.

Pour ce qui est de la profession, elle va certainement évoluer. A terme, une rédaction sera sans doute appelée à dispenser son expertise par plusieurs canaux. Les journalistes devront donc diversifier leurs moyens d'expression, tout en renforçant leur professionnalisme, notamment dans le respect de nos règles déontologiques.

Avez-vous des relations avec d'autres rédactions européennes ...

Actuellement, non. J'avoue que c'est une question sur laquelle je ne me suis pas vraiment penché, et que donc je ne considère pas comme prioritaire actuellement.

Les journalistes de la rédaction rencontrent-ils des problèmes particuliers dans l'exercice de leurs fonctions ?

A part les questions d'évolution de la profession, déjà évoquées, les problèmes les plus fréquents sont liés à la méfiance - voire à la défiance - croissante à l'égard des médias. Comme la société en général, les personnes (physiques ou morales) visées par nos enquêtes sont devenues très procédurières. Le bon côté de cette évolution est qu'il nous pousse à davantage de rigueur. Le danger est qu'il nous amène à un journalisme moins critique.