"Depuis le milieu des années quatre-vingts, la vente de la presse dans
notre pays a été divisée par deux et plafonne, à l'heure actuelle, à un demi-million
d'exemplaires quotidiens, tous titres confondus".
John Psaropoulos
John Psaropoulos débute sa carrière de journaliste au sein de la rédaction de The European de
1992 à 1994. Après cinq années (de 1994 à 1999) passées dans les studios de
CNN à Atlanta, où il évolue jusqu'à la production, il quitte les Etats-Unis pour la
Grèce où il devient correspondant permanent pour CNN ainsi que pour la radio nationale de service
public (NPR). Rédacteur en chef adjoint d'Athens News, à son arrivée en 1999, il prend la
tête de la rédaction en 2000. Athens News fut publié quotidiennement en langue anglaise de
1949 à 2001 avant de devenir hebdomadaire.
Comment décririez-vous l'état de la presse écrite
en Grèce, en particulier vis-à-vis de la concurrence grandissante de l'Internet ?
Depuis le milieu des années quatre-vingts, la vente de la presse dans notre pays a été divisée
par deux et plafonne, à l'heure actuelle, à un demi-million d'exemplaires quotidiens, tous titres
confondus. La télévision privée, qui existe depuis 1989 est, de tous les médias, celui
qui a certainement fait le plus de tort à la presse écrite. L'internet, quant à lui, n'a pas
eu un grand succès compte tenu du peu de connectés (estimés à 1 million). Quelques
portails grecs qui visaient la suprématie des marchés nationaux ont perdus des millions d'euros et
certains d'entre eux ont été contraints au dépôt de bilan.
Les principaux journaux mettent en ligne gratuitement le contenu des versions papier, indication, s'il en était
besoin, que les journaux ne considèrent pas l'internet comme un concurrent sérieux. Cela étant
dit, le nombre de quotidiens nationaux reste élevé (20 à l'heure actuelle) sans compter les
quotidiens financiers ou sportifs. De plus, la presse régionale est en plein essor.
Quel est le statut des journalistes actuellement ? Sont-ils représentés au sein d'organisations
syndicales ou professionnelles ?
Une proportion importante de journalistes est inscrite dans différents syndicats, l'avantage principal étant
que ces organisations pourvoient, bien mieux que l'Etat, aux besoins de leurs membres, notamment en matière
de soins ou de retraite. Pratiquement tous les journalistes suivent les actions menées par les représentations
syndicales, puisque même ceux qui ne sont pas membres espèrent le devenir un jour. Il n'en demeure
pas moins que les salaires sont relativement bas et les journalistes sont souvent obligés de piger pour
plusieurs titres afin d'arrondir les fins de mois, voire même d'exercer plusieurs boulots différents.
Les syndicats ont demandé à ce que les journalistes n'occupent pas plus de deux emplois simultanés
afin d'assurer une meilleure répartition de l'offre.
Avez-vous des relations avec d'autres journaux à l'étranger et, si oui, de quel type ?
Nous avons un accord professionnel avec le Los Angeles Times, ce qui nous permet de reprendre certaines de leurs
informations. Sinon, les infos d'Athens News sont régulièrement reprises par des éditeurs
anglo-saxons, des sites web et des bases de données en-ligne (Reuters, SIRS Publishing et d'autres) et des
médias grecs-americains.
Les journalistes grecs rencontrent-ils des difficultés particulières (légales ou autres)
pour exercer leur profession ?
Les journalistes d'Athens News n'ont jamais été confrontés à de l'obstruction que l'on
pourrait qualifier d' illégale. Cela dit, le journalisme d'investigation n'est pas très répandu
en Grèce et les occasions de s'opposer au travail d'un journaliste sont donc rares.
A quoi ressemble le marché du travail ? Est-il facile pour des jeunes journalistes de trouver un job
?
Le marché est difficile pour les jeunes en général, malgré un nombre élevé
de journaux, magazines, radios et télévisions pour une population d'à peine onze millions
d'habitants. Selon des chiffres de 2001, 28 % des 15 - 24 ans sont sans emploi. Dans le domaine du journalisme,
la proportion est probablement bien plus élevée. Le salaire mensuel brut moyen d'un journaliste ici
est de 1100 euros ce qui démontre bien que le marché de l'emploi est en faveur des employeurs. Beaucoup
d'étudiants fraîchement sortis des écoles de journalisme travaillent une année gratuitement
avant d'être embauchés et tentent d'effectuer des remplacements d'été.